Jeune Création

2014

Depuis l’expérience bouleversante d’un séjour à Ramallah, l’intérêt de Sarah Feuillas pour l’architecture se déploie tant selon les possibilités d’occupation d’un espace intérieur, que suivant les perspectives des vues du-dessus, depuis l’extérieur des constructions. S’attendant à découvrir des paysages de destruction, elle est saisie par un habitat précaire, fruste, peu endommagé et contrastant radicalement avec l’architecture brutaliste, issue du Bauhaus, des colonies israéliennes.
À partir de ses photos de Cisjordanie, l’artiste initie un travail de manipulation, Tests d’assemblages où les variations de taille et de point de vue génèrent des rythmes, également développés dans des dessins de structures architecturales.

Ce changement de paradigme nécessite son acceptation dans la pratique, dès lors irriguée par les propos de Churchill : « On construit des bâtiments puis ce sont eux qui nous construisent ». Ainsi réalise-t-elle un film sur la rythmique dans un environnement prenant des allures religieuses ou militaires, tel la Montagne-Mur (Har Homa) à Bethléem. Ce film marque une rupture dans une production où la vidéo n’était que document – des mouvements d’un corps au sein de Vestige par exemple. C’est d’ailleurs dans cette installation conçue en 2010 au Japon, que débute le travail de Sarah Feuillas sur l’architecture rythmée, avec des pare-brises mis en tension par des sangles, tension redoublée par les gestes tout aussi rythmés de la danseuse.

À Hébron puis à Arcueil, au pied de son atelier, le hasard a voulu que l’artiste croise la route de souffleurs de verre, faisant naître le désir d’une collaboration pour un projet intitulé Babel Haus, occasion de revenir vers ce matériau naturel qui l’attire depuis ses 19 ans. Mais Sarah Feuillas souligne la distance éprouvée face à une pièce soufflée par le verrier et le besoin de conserver ses propres matrices en bois de construction. Parce qu’amovibles, ces modules reproduisent le geste de la main qui modèle et ce sont eux qui, in fine, font œuvre.


Aurélie Barnier